Comment j’ai appris à accepter et à aimer mes cheveux blancs précoces

Comment j’ai appris à accepter et à aimer mes cheveux blancs précoces

Témoignages

Photos D.R.

Texte Clément Laré

Partager l'article sur

Signe du temps qui passe, la chevelure grisonnante n’a pas toujours bonne presse. Alors que chaque jour le rapproche un peu plus d’une couleur poivre et sel, Gwendal, 31 ans, nous explique comment il a réussi à accepter et même à aimer ses cheveux blancs malgré le regard des autres.

“Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours accordé beaucoup d’importance à mes cheveux. Une journée où ils seraient mal mis est forcément, pour moi, une mauvaise journée. Impossible de passer devant un miroir sans que je vérifie qu’ils sont bien en place. Mais je ne me suis jamais vraiment inquiété des cheveux blancs. Avant que cela ne me concerne, je voyais cela comme un problème de personnes âgées. Les gens autour de moi qui en avaient étaient tous très vieux ; je pensais avoir le temps de voir venir. J’imaginais même que je ne passerais jamais par cette case et que je serais chauve avant.”

A 17 ans, le premier cheveu blanc

“J’étais au lycée lorsque j’ai eu mon premier cheveu blanc. Je m’en rappelle parfaitement. C’est une amie de l’époque qui l’a repéré et qui m’a dit sans ménagement : “Oh mais Gwendal, tu as un cheveu blanc sur le dessus de la tête, tu veux que je te l’arrache ?” J’ai refusé qu’elle y touche, croyant dur comme fer à l'adage selon lequel en arracher en aurait fait pousser le double. Quand je suis rentré chez moi, j’ai demandé à ma mère si elle le voyait. Elle m’a inspecté et, sans même prendre le temps de me répondre, l’a retiré. Le message de sa part était on ne peut plus clair : un cheveu blanc, ça ne se garde pas, ça s’enlève.”

Entre remarques et regard des autres

“Ma chevelure a continué de s’éclaircir sur les côtés sans que j’y prête particulièrement attention. Je me faisais pendant longtemps des dégradés très courts et il fallait vraiment que je me regarde de profil dans un miroir pour les voir. C’est véritablement à travers le regard des autres que j’ai pris conscience de l’évolution de ma couleur. Les gens passaient (et passent toujours) leur temps à aborder le sujet. Aujourd’hui, alors que les côtés de mon crâne sont complètement poivre et sel et que le dessus commence à l’être aussi, les remarques sont presque quotidiennes.

Elles peuvent venir de n’importe qui, de proches que je connais bien comme d’inconnus au cours d’une soirée. Un jour, c’est carrément un coiffeur qui m’a proposé de me faire une coloration. Souvent, les gens pointent ma tête et me demandent comment je le vis. J’ai l’impression d’être dans C’est mon choix. Dans le ton, on sous-entend souvent que j’en souffre probablement.”

“Un problème pour tout le monde sauf pour moi”

“Personnellement, j’ai rapidement relativisé la situation. J’ai vite compris que je n’avais aucun contrôle sur mes cheveux blanchissants et que je ne ressentais pas le besoin de les couvrir. Je trouve les colorations trop onéreuses et pas assez naturelles. Si mes cheveux blancs n’ont jamais vraiment été un complexe, c’est comme si on avait essayé de m’en créer un. On dirait que c’est un problème pour tout le monde sauf pour moi.

Le problème c’est que je ne savais pas vraiment comment réagir aux remarques. J’ai donc longtemps adopté la réaction que je pensais être attendue. Je jouais le choc, la surprise et je me persuadais que cela m’atteignait. Dans le fond, ce n’était pas vraiment le cas, je ne savais simplement pas comment répondre. Avec le temps, je m’en suis rendu compte. J’ai d’abord décidé d’utiliser l’humour. Je disais que j’allais finir comme George Clooney. Heureusement qu’il était là ! Le consensus est général sur le fait que ses cheveux lui donnent son charme. Désormais, je n’hésite pas non plus à dire la vérité : que j’ai des cheveux blancs et que je m’en fiche.”

“Les gens ont besoin d’être rassurés”

“Je comprends qu’avoir des cheveux blancs puisse en gêner beaucoup, parce que tout le monde tente de te faire trouver ça gênant. Souvent, après une conversation où j’explique mon ressenti, les gens finissent presque par être soulagés. On passe des “moi je ne pourrais pas” aux “c’est vrai, tu as raison”. C’est comme s’ils avaient besoin d’être rassurés face à leurs propres angoisses. Certains avouent même trouver que ça me va bien. On me le dit de plus en plus souvent. En plus, ces dernières années, la mode a fait qu’avoir les cheveux gris est presque devenu cool.

Je dois quand même avouer qu’à la fin du premier confinement, après plusieurs mois sans avoir été chez le coiffeur, j’ai été choqué par l'étendue de mes cheveux blancs. Cela m’a un peu atteint. Je ne peux pas dire que je suis pressé d’être complètement poivre et sel. Je ne suis pas du tout fataliste face à cette éventualité. Disons que j’ai eu le temps de m’y préparer.”