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Dans la routine de Pierre Mollfulleda

Texte Anthony Vincent
Photos Victoria Paterno

Le catalogueur dans une maison de vente aux enchères parle marché de l'art, cheveux longs et peau de roux.

Au dernier étage d'un immeuble banal du Xe arrondissement de Paris se trouve l'écrin artistique baigné de lumière de Pierre Mollfulleda. "C'est un ancien appartement d'architecte dont je cultive le design égoïste : j'aurais pu faire une chambre d'ami mais j'ai préféré garder l'absence de vraies séparations entre les espaces", confesse le catalogueur chez Sotheby's. Toute en longueur, la pièce unique aux faux-airs de galerie regorge d’ouvrages, de beaux-livres, et d'oeuvres d'art.

Étonnamment, ce spécialiste des arts premiers africains et océaniens de 26 ans affiche plutôt un goût pour des oeuvres modernes et contemporaines, venues d'Occident, d'Asie, et d'Amérique latine. "Je ne sais même pas combien de pièces se trouvent ici, puisqu'il y en a aussi plein les placards. Une centaine sans doute. Il faudrait que je compte un jour", lâche-t-il avec insouciance. Sous les premiers rayons de soleil du printemps, on a parlé marché de l'art, cheveux longs et peau de roux.

En quoi consiste ton métier ?

Je travaille au département d'art africain et océanien de la maison de ventes aux enchères Sotheby's depuis deux ans en tant que catalogueur. Mon job consiste à étudier les objets qu'on souhaite vendre et faire des recherches autour pour écrire les textes de description qui seront ensuite publiés dans le catalogue de vente.

C'est quelque chose que tu as toujours voulu faire ?

Pas du tout, je ne savais même pas que ce métier existait avant mes études. Mes parents étaient professeurs donc j'ai grandi en étant persuadé que j'allais le devenir aussi. En parallèle d'études d'histoire, j'ai passé le concours de l'école du Louvre en 2012 parce que je ne savais pas trop quoi faire professionnellement. J'ai été reçu et des stages dans des galeries m'ont permis de découvrir le marché de l'art qui m'a tout de suite plu. J'ai eu la chance que Sotheby's ouvre un poste pour ma spécialité peu fréquente pile au moment où je finissais mes études.

Pourquoi t'es-tu spécialisé en arts premiers africains et océaniens ?

Je suis né à Perpignan mais j'ai grandi à Tahiti de mes 3 ans à l'obtention de mon bac S, du coup quand l'école du Louvre m'a demandé de choisir une spécialité, je me suis tourné vers l'art océanien pour me rappeler mon île. J'ai découvert l'art africain en parallèle, car ces deux champs sont souvent rangés ensemble, vu qu'ils se ressemblent par leur rapport à l'ancestralité notamment, mails ils sont totalement différents au fond.

Toi-même tu collectionnes de l'art premier africain et océanien ?

Je n'achète pas d'art africain car ce que je veux coûterait beaucoup trop cher. Vu qu'il ne s'agit pas d'art contemporain, il y a un nombre limité de pièces sur le marché qui ne font que prendre de la valeur au fil du temps. La provenance et les collections traversées par l'objet ajoutent aussi à sa valeur. Ce qui me plaît le plus à travers mon métier, c'est de défendre en tant qu'oeuvres d'art véritable ce qu'on a longtemps considéré comme des objets ethnographiques et qui ont pourtant servi de référence à beaucoup d'artistes modernes et contemporains occidentaux. Personnellement, je collectionne depuis deux ans aux coups de coeur, sans volonté de revendre, de l'art moderne et contemporain, de la photo, et du design. Mon dernier achat est un dessin de Claude Viallat par exemple. Je change régulièrement de décoration, en fonction de mes dernières trouvailles, qui sont aussi l'occasion de fouiller mes placards et redécouvrir des pièces oubliées.

À quoi ressemble ton quotidien de catalogueur ?

En ce moment, comme la prochaine vente est en juin, et le catalogue part en impression en mai, je passe mes journées dans les bouquins pour mes recherches et commence à écrire les textes. On a de nouveaux arrivages chaque semaine donc je peux choisir un objet différent à étudier chaque jour dans la salle d'exposition puisqu'ils ne sont pas enfermés dans des réserves. C'est une chance extraordinaire dont je ne me lasse pas.

Quelle est ta routine matinale ?

Je dors les volets ouverts, une habitude prise à Tahiti où il n'y a ni volets ni rideaux. Je mets mon réveil à 8h30, mais je ne me réveille véritablement qu'à 9 heures, en retard. Du coup c'est la course et je fonce prendre une douche froide, me shampouine chaque jour avec du Aesop ou du Kiehl's, car j'ai les cheveux très épais et les laisse pousser depuis un an et demi. J'aime les gels douche au parfum vraiment travaillé, et en ce moment j'adore celui à la bergamote. Je passe un coup de toner sur le visage, de la pierre d'alun ou du déo Sanex neutre sous les aisselles, et je me coiffe avec un peu de spray coiffant Ocean Mist de Sachajuan. Ça m'aide à faire tenir mes cheveux en place sans laisser de résidus. Je mets du parfum et je pars au travail en sweat, jean et baskets à vélo vers 9h15. J'y arrive à 9h30 et enfile aussitôt un costume et des chaussures de ville pour boire mon premier café. Là-bas, je dois avoir une vingtaine de paires de souliers. Et je dois avouer que je m'applique tout le temps du baume hydratant mains, toujours sur mon bureau, c'est vraiment un tic.

Tu t'intéresses beaucoup aux parfums ?

Énormément. Mon meilleur ami a suivi des études pour devenir nez et m'a permis de découvrir ce milieu qui me fascine. J'en mets à la maison, mais aussi au bureau, ce qui fait beaucoup rire mes collègues d'ailleurs. En ce moment j'alterne entre "N°2 Oriental Bloom" de Claus Porto, une marque portugaise que j'ai achetée à Lisbonne cet été, et "Coromandel" de Chanel, avant de quitter la maison. Au travail, j'ai tendance à mettre "Eau de rhubarbe écarlate" de Hermès si je dois voir un client, et "Charogne" d'État libre d'orange avant de me rendre à un vernissage. Les parfums ne tiennent pas sur ma peau donc je n'ai pas de souci d'accumulation. Mais si je ne devais choisir qu'un parfum, ce serait le "Five o'clock au gingembre" de Serge Lutens.

C'est le soir que tu prends plus le temps de prendre soin de toi ?

Oui, je rentre vers minuit généralement, prends une douche et fais un masque pour les cheveux 2 à 3 fois par semaine. Pour le visage, je fais souvent le dimanche le masque purifiant à l'argile, et je termine par le sérum Midnight Recovery Concentrate de Kiehl's.

Tu fais particulièrement attention à ta peau ?

Je fais plus attention à ma barbe et à mes cheveux qu'à ma peau. En revanche, l'été, je fais hyper attention à toujours mettre une protection solaire car j'ai une peau de roux couverte de grains de beauté, donc très sensible au soleil. Et c'est une habitude que j'ai gardée de Tahiti où le soleil tape fort. Ma meilleure amie est pharmacienne et l'autre est dermato donc elles me recommandent des produits et veillent sur ma peau pour moi (rires).

Que fais-tu pour ta barbe ?

J'adore aller chez le barbier, généralement le samedi. Ma barbe a vraiment poussé tardivement, donc je me rattrape maintenant. Avant, j'allais chez la Barbière de Paris, mais je préfère maintenant aller chez les barbiers turcs du passage Brady qui font aussi bien les choses sans avoir à attendre trois mois pour un rendez-vous...

Tu fais du sport régulièrement ?

Je ne me déplace qu'à vélo donc j'en fais au minimum une heure par jour. Et au moins une fois par semaine, je vais à la piscine sur ma pause déjeuner.

Pour finir, quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui voudrait commencer à collectionner de l’art ?

De ne pas avoir peur. Au début, j'achetais beaucoup de pièces d'antiquité, et sûrement beaucoup de faux sans m'en rendre compte, mais finalement ce n'est pas grave puisque je les aime quand même. Si tu veux acheter un objet, ça doit être parce que tu as envie de vivre avec lui, et non parce que tu veux te faire de l'argent derrière.

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