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Dans la routine de Philippe Zorzetto

Texte Anthony Vincent
Photos Victoria Paterno

Le chausseur parle création d'entreprise, rock'n'roll et protection solaire.

Dans son appartement du IIIe arrondissement de Paris trônent une majestueuse bibliothèque et quelques photos d'icônes des années 1960. Des meubles anciens hérités de sa famille, comme une machine à coudre ayant appartenu à sa grand-mère, servent de terrain de jeu à Eliot, docile british short hair, et Eden, sacré de Birmanie "un poil névrosé", d'après son maître. "Je prends plus soin de ma peau que de mes chaussures, et heureusement", s'amuse le chausseur de 40 ans. Avec sérénité et générosité, Philippe Zorzetto parle du grand plongeon de la création d'entreprise, de rock'n'roll et de protection solaire.

Comment t'es-tu lancé dans la chaussure ?

C'est une histoire de famille : mon père était artisan menuisier et mon grand-père travaillait dans des ateliers de souliers en Italie, donc j'ai toujours eu ce goût du fait-main. Un jour, je cherchais en vain des boots dont je rêvais, mais comme elles n'existaient pas dans le commerce, j'ai décidé de les dessiner à partir de formes à chaussures en bois de mon grand-père. Au départ, c'était juste pour m'amuser, mais je me suis surpris à dessiner toute une collection, ça m'a beaucoup plu et j'ai décidé de me lancer. Je travaillais jusque là dans la communication publicitaire, après des études de droit et de sciences politiques. C'était il y a dix ans, en 2008. J'ai plongé sans savoir nager : j'ai appris le métier sur le tas, à force de dessins et de prototypes, et surtout au contact d'artisans passionnés en Espagne avec qui je travaille encore aujourd'hui. Entreprendre nécessite un peu de lâcher prise : si on veut absolument tout contrôler, on ne peut rien faire. Alors on boit un peu la tasse au début mais on finit par savoir nager.

Tu as d'emblée décidé d'ouvrir une boutique ?

Oui, puisqu'il y a dix ans, peu de personnes achetaient en ligne. J'avais l'intuition d'avoir ma place puisque je n'avais pas les moyens de m'offrir des chaussures de luxe mais j'avais le goût des belles choses artisanales : j'ai compris qu'il y avait un créneau à remplir, celui du luxe accessible. J'ai donc lancé ma maison qui propose des chaussures de qualité avec une touche un peu rock, pour homme et femme, et toujours de l'homme vers la femme. La boutique m'a aussi permis d'avoir d'emblée des contacts directs et quotidiens avec les clients, de comprendre leurs besoins et leurs désirs qui m'influencent beaucoup pour dessiner chaque collection. Aujourd'hui, grâce aux réseaux sociaux, on peut avoir ce type d'échange via Internet, mais il y a dix ans c'était presque impensable.

Où trouves-tu l'inspiration ?

Je m'inspire beaucoup des années 1960-1970 où est née l'attitude bohème-rock restée indémodable depuis : les looks de Steve McQueen et Françoise Hardy peuvent encore être portés aujourd'hui. Je ne sais pas ce que c'est "être à la mode", ça ne m'intéresse pas. Ce qui compte c'est le style et d'être bien dans ses boots. C'est notamment pour ça que je m'évertue à proposer des cuirs de qualité, français ou italiens, à intégrer des coussinets au niveau du talon pour plus de confort, et à faire du cousu blake pour plus de solidité (la couture blake solidarise la tige, la semelle et la première de propreté, ndlr).

Tu as aussi collaboré avec plusieurs musiciens...

Oui, car c'était avant tout des clients comme Simon Buret de AaRON ou Mathieu Chedid. Au départ, ils me disaient "j'aurais adoré ce modèle s'il était plus comme ci ou comme ça" et je leur proposais alors de le faire ensemble. Il s'agit vraiment de rencontres humaines. Ma prochaine collaboration sortira en septembre 2018 et sera avec Inès de la Fressange, qui a un style classique et chic, conjugué à une allure très rock. Car ce n'est pas qu'un genre musical, c'est aussi une attitude que j'adore observer dans la rue depuis une terrasse de café ou parmi les spectateurs d'un concert. On peut faire du r'n'b et être rock'n'roll puisque ça veut dire avant tout être libre. Du coup, j'ai toujours un carnet à croquis sur moi pour capter ces instants de vie et ces attitudes qui m'inspirent et les traduire en souliers.

Comment s'organisent tes journées ?

Avant j'étais tous les jours en boutique, mais maintenant j'y passe au moins un jour par semaine le samedi. Ça reste le meilleur moyen de continuer d'échanger avec mes clients, dont beaucoup sont devenus des potes. La maison est vraiment à taille humaine, c'est une famille. L'une de mes bottines porte même le nom d'un de mes vendeurs. Mes modèles ont tous un prénom et c'est aux clients de leur donner le nom qu'ils veulent en fonction de ce qu'ils imaginent, de compléter l'histoire. Le reste de la semaine, je me consacre à mon rôle de chef d'entreprise : le développement de la société, des nouvelles collections, la communication, la gestion des boutiques. Au moins un jour par semaine, je m'octroie une journée de création pure : je me coupe de la partie business pour dessiner et m'inspirer. Six fois dans l'année, je me rends en Espagne pour présenter mes prototypes, et j'y retourne juste avant le lancement de la chaîne de production pour confirmer que tout est bien en phase.

À quoi ressemble ta routine matinale ?

Je suis du genre couche tard et lève tôt. Je me réveille naturellement à 7h30, et je consulte aussitôt mes mails. Après, je prends un thé en guise de petit-déjeuner et une douche. J'adore le gel douche à la bergamote, ça doit être mon côté italien. Je me lave les cheveux tous les matins, avec un shampoing ultra-doux Klorane que j'achète en pharmacie, ou du David Mallett. Je vais dans son salon de coiffure une fois par mois car plusieurs de ses coiffeurs se chaussent chez moi et c'est comme ça que j'ai connu cette maison. J'utilise un sèche-cheveux et me coiffe avec un peu de pâte coiffante mate Schwarzkopf et de spray au sel David Mallett.

Et pour le visage ?

Pour le visage, j'alterne entre le nettoyant au charbon Horace ou celui au persil Aesop, puis je mets le contour des yeux Hydraphase Intense de La Roche Posay, et comme crème un soin anti-rides Ysthéal d'Avène. Je termine toujours par de la crème solaire sur les conseils d'un dermatologue qui m'a dit que c'était le meilleur anti-rides. Je ne mets pas de parfum car je préfère largement l'odeur de la peau et du linge propre, et me voilà opérationnel à 8h30. Cela me donne une longueur d'avance sur la plupart des Parisiens qui ne commencent à travailler que vers 9h30-10h. J'adore faire des rendez-vous business pour le petit-déjeuner, le déjeuner ou le dîner car ça permet de transformer les moments pro en instants de détente.

Tu arrives facilement à déconnecter du boulot ?

Pas assez. J'entretiens volontairement cette porosité puisque j'adore ce que je fais et incarne beaucoup la marque. J'ai l'impression de ne jamais et toujours travailler. Mais j'essaye de décrocher, et le sport m'aide beaucoup pour ça. J'en fais 4 fois par semaine : de la musculation, de la boxe, et de la natation. Je lis beaucoup aussi, et me force à ne pas consulter mon téléphone quand je visite une expo au moins une fois par semaine. Pas besoin d'aller à l'autre bout du monde pour déconnecter. J'avoue même prendre peu de vacances. Comme je m'expose peu au soleil, le seul blanc mozzarella sur la plage, c'est moi, mais j'assume totalement sous mon parasol (rires). Paradoxalement, les nouvelles technologies nous permettent de gagner un temps fou et pourtant elles grignotent tellement notre attention qu'elles nous happent constamment. Alors quand je parle avec quelqu'un, je lui consacre toute mon attention, pour mieux vivre l'instant présent. Car il n'y a rien de plus rare.

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