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Dans la routine de Maxime Leroy

Texte Anthony Vincent
Photos Victoria Paterno

L’artisan plumassier parle oiseaux rares, hydratation des tatouages, et parfums.

À un battement d’ailes de la Canopée de Châtelet dans le premier arrondissement de Paris, Maxime Leroy nous ouvre les portes de son appartement-cabinet de curiosités, peuplé d'animaux naturalisés ou entièrement réimaginés en plumes. “On me prend souvent pour un skinhead” s’amuse le lauréat ultra-tatoué du Prix de la Jeune Création Métiers d’Art 2017. À contre-courant des idées reçues sur les plumes qu’on imagine fragiles et volatiles, le plumassier en montre la puissance. Autour d’une eau gazeuse, l’oiseau rare nous parle de son quotidien de plumassier, de l’hydratation de ses tatouages impressionnants, et de son amour des parfums.

En quoi consiste le métier de plumassier ?

Je travaille et façonne la plume comme une matière pour ennoblir un vêtement, un accessoire, un meuble, ou tout autre chose. C'est une matière avec laquelle je communique facilement. On peut me montrer n'importe quoi, je vois comment je peux en reproduire la forme et l'aspect de chaque texture aussitôt. Je n'ai pas de limites. Personne dans ma famille ne travaillait dans ce milieu mais c'est une matière avec laquelle on a tous joué enfant : n'importe qui a déjà ramassé une plume par terre quand il était petit. J'ai toujours eu une petite fascination pour les oiseaux, et pendant mes recherches plastiques en MANAA (mise à niveau en arts appliqués), j'ai commencé à travailler les plumes de manière aléatoire, sans formation, et c'est là que je me suis dit qu'il devait bien exister quelqu'un quelque part qui savait vraiment faire ça. Je ne savais même pas que le métier de plumassier existait.

Est-ce un métier en voie de disparition ?

Oui, les techniques de teinture, de traitement chimique, de façonnage, se perdent faute de transmission et d'intérêt pour cet artisanat. C'est notamment pour cela que j'ai accepté de l’enseigner au sein du lycée Octave Feuillet où j’ai fait un CAP plumassier au lycée Octave Feuillet en 2010 juste après ma MANAA. Si cet artisanat se raréfie, ce n'est pas à cause des plumes artificielles, finalement assez rares, sauf en décoration où l'on trouve effectivement ces fils de laiton avec du tissu de part et d'autre. Car techniquement, une plume naturelle, c'est un gros poil très raide, avec des petits poils, et quand on regarde au microscope, on voit d'autres micro-poils en forme d'anneaux ou de crochets comme du velcro : même aujourd'hui, on est incapable de reproduire cela de manière artificielle. C'est pour ça que même les marques de prêt-à-porter à bas prix utilisent des plumes naturelles.

D'où viennent les plumes que tu travailles ?

D'élevage, pour les plus communes comme l'oie. Aujourd'hui, la plupart des oiseaux sont tués entre 3 et 4 mois pour la consommation alimentaire. Or, il faut entre 6 mois et 1 an pour qu'ils atteignent leur maturité sexuelle et donc développent leur plus belles plumes de parure. Pour les plumes plus rares, les plumassiers créent des partenariats avec des éleveurs d'oiseaux d'ornementation qui doivent assurer une traçabilité très stricte et normée. Il s'agit de plumes qui sont tombées naturellement lors de la mue de l'oiseau. Mes préférées sont celles d'argus, un cousin du paon, dont deux plumes sont encadrées dans mon salon, et celles de goura, un cousin du pigeon à la crête impressionnante.

À travers ton œuvre, on a l’impression que tu cherches à révéler la puissance des plumes…

Je ne fais pas d’œuvre car je ne suis pas artiste mais artisan d’art, et cette différence est importante : je réponds à des commandes. Je ne supporte pas les gens qui disent que la plume est fragile. Par exemple, le spectacle “Féerie” du Moulin Rouge est sur scène depuis 18 ans, avec deux représentations par soir, donc heureusement qu'on n'a pas besoin de refaire tous les costumes en plumes tous les jours. On peut parfaitement travailler la plume de manière à ce qu'elle soit vraiment solide. Dans mes travaux il ne s’agit pas forcément de force, mais toujours de dynamique, qu’elle soit puissante ou douce. Je veux que les plumes aient du mouvement, une cadence, un rythme. Avant, je voulais devenir danseur, j’avais des années de pratique à haut niveau derrière moi, mais une blessure m’a empêché de continuer après le bac.

Les plumes sont donc beaucoup plus solides qu’on ne le croit ?

On trouve près de 150 variétés de plumes différentes sur un même oiseau, avec des aspects différents, doux, piquant, résistant, démultipliés par de potentiels traitements chimiques. Les possibilités sont infinies. Pour la marque Sacco Baret que je dirige avec deux autres amis, Jayma Sacco et Paul Baret, rencontrés lors de mon BTS industrie des matériaux souples, juste après mon CAP de plumassier, on a conçu des sneakers avec des plumes que je porte souvent. J'ai beau ne pas prendre soin de mes affaires, elles restent en bon état car elles ont été pensées d'emblée pour l'application de plumes et à l'épreuve de la vraie vie, comme toutes nos autres pièces. Les prix reflètent la qualité du travail artisanal, réalisé à la main en Italie et ennobli de plumes à Paris, mais on n'a pas besoin d'être plus regardant qu'avec un produit standard. La preuve, je suis déjà allé en soirée avec mes baskets. Elles ont pris du vin, du champagne, des miettes, et d'autres choses non identifiables, mais j'ai juste eu besoin d'y passer une lingette puis un coup de vapeur pour les remettre en forme. En fait, les plumes, ce n'est rien d'autre que de la kératine : c'est comme nos cheveux. L'humidité leur permet de retrouver leur forme d'origine.

Comment fais-tu pour rendre les plumes plus durables et résistantes ?

Je les sélectionne minutieusement et réfléchis leur placement en fonction du sens de friction, de tension, de préhension. Au toucher, on entre en contact direct avec la plume, mais par en-dessous, je l'ai manipulée de manière à bloquer ce qu'on appelle les barbes pour créer de la résistance. Comme c'est de la kératine, on peut rendre la plume aussi dure qu'un ongle ou une écaille.

Tu en parles avec beaucoup de pédagogie. Comment vis-tu l’enseignement de ta discipline ?

Suite à un départ à la retraite d’un professeur, le lycée Octave Feuillet où j’ai fait mon CAP m'a proposé de reprendre le poste, et j'ai d'abord voulu répondre "hors de question". J'ai testé et me suis rendu compte à quel point il était essentiel de donner plus de visibilité à cet artisanat méconnu mais aussi de donner une nouvelle chance à des élèves souvent ré-réorientés et valoriser ce qu'ils peuvent faire de leurs mains.

Comment se composent tes journées entre le lycée et tes commandes ?

Je donne 18 heures de cours par semaine : le mardi et mercredi après-midi, et le jeudi toute la journée. Je passe le reste du temps sur les commandes. Quoiqu'il arrive, je me réveille vers 6h45, j'allume la radio et la télévision pour écouter deux points de vue différents sur l'info. Je me presse un citron dans de l'eau chaude avec un peu de miel en guise de petit-déj et je vais dans la salle de bain. Je me tonds la barbe tous les trois jours avec une tondeuse au sabot de 3 mm, et après je prends ma douche. Je m'y rase la tête tous les deux jours avec un rasoir jetable et sur la mousse de mon gel douche Aesop.

Depuis quand portes-tu les cheveux aussi courts ?

J'avais les cheveux longs jusqu'à la fin de mon CAP, mais suite à un pari j'ai tout rasé pour prouver que j'en étais capable et finalement ça m'a plu.

Et pour ta peau, tu fais quoi d'autre ?

J'utilise le nettoyant visage Horace car il est beaucoup plus doux que celui que j'employais avant qui avait tendance à me provoquer des rougeurs au niveau du cou. Comme j'ai la peau sèche et beaucoup de tatouages, je prends le temps de bien m'hydrater le visage et le corps avec des crèmes Uriage.

Tu as fait un tatouage "blackout" au niveau du cou pour masquer un précédent qui ne te plaisait plus ?

C'était prévu dès le départ, et non une tentative de recouvrement d'une erreur de jeunesse. Tous mes tatouages correspondent à l'histoire de proches. Il ne s'agit pas d'aplats de noir pleins mais plutôt de marbrures : je voulais créer des zones de bleu, noir, gris. Mais c'est vrai qu'on dirait un bloc plein lorsqu'il est bien hydraté. Lorsqu'il y a du soleil, j'évite au maximum de m'exposer, pour le bien de ma peau et de mes tatouages.

Côté parfum, qu'utilises-tu ?

Avant, ma signature, c'était "Pour Homme II" de Gucci, mais il a été discontinué. Je l'achète encore sur fragrancex.com mais il ne sent plus comme avant. Depuis, j'ai découvert Pierre Guillaume, parfumeur indépendant qui compose tout lui-même avec sa propre cave de matières premières. En tant qu'artisan, cela me touche. Et surtout, ses parfums sont des claques olfactives qui ne laissent personne indifférent. Je tourne principalement entre "Spleen Ether", mon préféré qui me grise, m'apaise, et me permet de me retrouver, "Musk et la Peau" qui va à tout le monde d'une manière unique, que tu aies la peau acide ou qui sucre et qui convient à toutes les situations, et "Suede Osmanthe", le plus habillé que j'aime porter pour mes rendez-vous professionnels. J'ai toujours un flacon de parfum dans mon sac, et il m'arrive de me doucher au milieu de la journée exprès pour changer de parfum.

Tu emportes quoi d'autre sur toi ?

J'utilise énormément de lingettes car j'adore me sentir frais. Même si ce sont des lingettes visage, je les utilise aussi sur les mains très souvent entre différents produits de traitements des plumes à l'atelier, quand je prends ma Vespa ou quand je conduis mon Autobianchi Eden Roc (le plus petit cabriolet du monde, ndlr). Et j'emporte aussi un déodorant Aesop. Ma mère me dit toujours : "consommer peu mais consommer bien" : c'est un mantra qui correspond bien à l’artisanat et à mes soins.

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