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Dans la routine de Frédéric Marc Marion

Texte Martin Lacroix
Photos Juliette Valero

Le fondateur de Léonard et de Magnore parle barbe douce, vêtements vintage et Pharrell Williams.

Frédéric Marc Marion est un passionné de vêtements, et un chineur d’exception. Très attaché à ses racines rurales auvergnates, il vient d’ouvrir à Lyon la boutique Magnore, un nom emprunté au patois de sa région. C’est dans sa petite maison surplombant le Rhône, à Lyon donc, que nous l’avons rencontré. Confortablement installés dans un salon truffé d’objets chinés, on l’écoute parler de sa passion pour les vêtements, et de l’importance d’entretenir sa barbe.

Tu viens d’ouvrir Magnore à Lyon, quelle était l’envie derrière ce nouveau projet de boutique ?

Je fais très attention au lieu de fabrication des vêtements. On y trouve rien qui soit fait au Bangladesh, très peu de Made in China, et des produits plutôt techniques. Je propose des marques qui ont un savoir-faire de qualité et qui sortent des sentiers battus, comme Arpenteur, Albam, CP Company, Orslow ou encore Arct’eryx. Je veux que les gens viennent chez moi pour acheter un vêtement qu’ils porteront et garderont longtemps : un vêtement solide, qu’il soit technique ou plus casual. C’est parfois un peu cher, car la qualité a un prix.

Le nom Magnore, tu ne l’as pas choisi par hasard. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Magnore, en patois auvergnat, ça veut dire la manière. Vers chez moi, on dit : « Il le fait à sa magnore ». Juste en bas de ma maison de famille, il y a un ruisseau qui passe. J’ai passé toute mon enfance dedans à pécher, à faire des barrages. Ce ruisseau est très sinueux, il coule dans une vallée d’argile. Il galère à faire son lit et il est tellement tortueux que les gens l’appellent le Magnore, parce qu’il fait son chemin à sa manière.

En plus de Magnore, tu es aussi le patron de Léonard, une boutique vintage. C’est quoi, l’histoire à l’origine de cette première boutique ?

Léonard, je l’ai montée en 2011 avec un pote d’enfance auvergnat, Clément. J’avais trouvé un stock de 25 tonnes de vêtements dans le sud de Paris. Il n’y avait pas trop de magasin de vintage à Lyon et moi, je stagnais à Paris. Pendant un an, j’ai sondé ce stock, car c’était des montagnes et des montagnes de vêtements. Le coffre-fort de Picsou mais rempli de vêtements. Clément était assez fou pour me suivre dans un projet comme celui-là. On a pas réfléchi. Lui a quitté son job, on a acheté le stock et on a ouvert un shop à Lyon. Pendant un mois, on l’a déplacé, avec deux semi-remorques. Le père de Clément avait des camionnettes 20 m3. Au début, on a imaginé faire des allers-retours nous-mêmes. On en a fait un, chargé à 4 tonnes au lieu des 700 kilos réglementaires. C’était même dangereux. On s’est rendu compte que ce serait impossible... Aujourd’hui, Léonard tourne toujours sur ce stock. Sur 25 tonnes, il en reste au moins 15.

Comment as-tu commencé à chiner ?

Je crois que c’est mon côté débrouille. Quand j’ai commencé à faire du skate, au Puy-en-Velay, je galérais à m’habiller. Trouver un baggy, c’était compliqué. Si tu voulais ressembler à Josh Kalis, fallait que tu cherches, dans les surplus, chez Emmaüs ou en fripe. Ce qui me faisait kiffer, c’est que j’achetais que des fringues de marques. Mes baggy, c’était des Calvin Klein, je skatais avec des chemises Helmut Lang. Certaines, je les ai encore d’ailleurs. C’est comme ça que chiner est devenu une passion. Je pense que je chinais bien et j’arrivais à revendre des vêtements, ce qui me payait mon matos de skate.

Au fil du temps, tu as développé une vraie passion pour les vêtements. En plus de Léonard et Magnore, tu as une troisième activité : le Bazar des Poilus, spécialisé des les vêtements français anciens. Comment cette passion est venue ?

Mes goûts se sont affinés. Je me suis intéressé à d’autres produits que ceux que je voyais dans les magazines. Je viens de la campagne. Mes grands-parents étaient agriculteurs. Les agriculteurs s’habillaient dans la vie avec ce que je vends au Bazar, des bleus de travail élimés jusqu’à la mort, patinés. Au Bazar des Poilus, on vend des vêtements populaires et de travail Français. Ce sont des bleus de travail en moleskine, des vêtements ouvriers agricoles, des gros velours... 90 % de mes acheteurs sont Japonais, un peu d’Anglais et un peu d’Américains. Sinon, il y a quelques designers pour du sourcing. J’ai par exemple vendu quelques pièces à Dior récemment

Des célébrités portent des vestes que tu as chinées, non ?

Oui, Pharell Williams porte un de mes bleus de travail. Je ne lui ai pas vendu directement, mais je l’ai vendu à un magasin, Quality Mending à New York, où il l’a acheté. Elle vient d’Auvergne, d’une vieille étable avec un poulailler, sous lequel il y avait un tas de bleus, et c’était la première sous les poules. Jean-Paul Gaultier aussi porte une de mes vestes.

Comment trouves-tu ces perles rares ?

C’est énormément de bouche à oreille. Dans le milieu, je suis assez connu, donc on me transmet des numéros de gens. C’est cool, car tu rencontres plein de personnes. Sinon, je fais du porte-à-porte. Ce qui est génial, et c’est aussi ce que je reproche à certains opportunistes du vintage qui s’en soucient peu, c’est que tu ne connais pas le vêtement tant que tu ne connais pas la vie de la personne à qui il appartenait. Une veste patinée, patchée ou élimée, tu ne peux pas l’expliquer tant qu’on ne t’a pas raconté son histoire : « celle-ci mon grand-père la portait pour aller chasser le canard et celle-là pour la perdrix ». Tu ne peux pas expliquer un vêtement sans raconter l’histoire des personnes qui l’ont porté. C’est de la sociologie et c’est ça qui est intéressant dans ce travail. Et puis, ce qui est chouette, c’est aussi d’écouter des récits de vie. Le vêtement, ce n’est que la base de la discussion que j’ai avec eux.

En tant que passionné de vêtements, quel regard portes-tu sur l’évolution de la mode ?

Je porte pas de jugement, mais je trouve que la mode avance trop rapidement. Je vais me mettre du monde à dos, mais en ce moment, la mode, c’est une surenchère de choses qui ne sont pas très originales. Faire un sweat-shirt rose, couper les manches et écrire IKEA dessus, ça ne veut rien dire. Les choses les plus intéressantes, ce sont les Rick Owens, les mecs qui ont une démarche jusqu’au-boutiste : quand tu enterres des chaussures pour voir comment elles vieillissent, quand tu teints 10 fois un vêtement dans des bains à froid, là, tu as selon moi une démarche créative. C’est ça la mode, c’est la créativité.

Tu tiens tes boutiques et jongles avec ton activité de chineur. Avec tout ça, tu arrives à prendre du temps pour toi ?

Le matin, j’ai une routine bien à moi. Je me lève vers 7 heures et allume France Inter. Puis, je me prépare un thé vert et, si j’ai faim, ce n’est pas tous les jours, je mange du pain d’épices ou me prépare une omelette. Ensuite, je m’installe dans mon salon et regarde le Rhône couler. J’ai la chance, depuis chez moi, d’avoir une vue plongeante sur le fleuve. Pendant tout ce temps, je suis bercé par la matinale et happé par la fluidité et l’énergie de l’eau qui coule. C’est un moment de méditation important pour moi. Puis vers 9 heures, dès que j’entends le générique de Boomerang, l’émission d’Augustin Trapenard, je coupe la radio et saute dans la douche, où j’utilise le savon à l’amande de Dr. Bronner et l’exfoliant Horace. Ensuite, j’utilise du Marvis, le dentifrice au réglisse et le bain de bouche, ainsi que la brosse à dents Horace.

Tu portes la barbe. Tu y attaches un soin particulier ?

Je la porte depuis dix ans, je pense. C’est un truc de famille, la barbe. Mon père était barbu. J’ai la chance d’avoir une belle pilosité bien fournie. J’en prends soin : je la shampouine tous les deux jours, et je l’huile avec les produits Hommer. Comme j’ai une barbe assez drue, elle avait l’habitude d’irriter les joues de ma copine. Avec l'huile, elle est plus douce. En plus du fait que ça sente bon, je pense avoir gagné 40% de bisous en plus (rires) !

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